Quand les « musiques du monde » questionnent leurs propres frontières

Entre débats et performances musicales, la deuxième soirée du festival Rennes aux Pluriels a questionné les frontières des « musiques du monde ». Organisée à la Maison de quartier de Villejean par Les Trans, cette rencontre a réuni artistes et professionnels autour d’une réflexion sur les étiquettes culturelles et leur impact dans l’industrie musicale.

par Manon

À Rennes, la deuxième soirée du festival Rennes aux Pluriels a interrogé les frontières des « musiques du monde ». Organisée le 12 mai à la Maison de quartier de Villejean par les Transmusicales de Rennes, la rencontre réunissait le directeur des Villes des Musiques du Monde Kamel Dafri, le responsable des ressources artistiques aux Trans Thomas Lagarrigue, la chorégraphe de la compagnie Dounia Fatima Leghzal et l’artiste Retro Cassetta. Devant un public venu assister à une table ronde mêlant concert et échanges, les intervenants ont questionné les étiquettes utilisées dans l’industrie musicale. Qui décide qu’une musique appartient au monde plutôt qu’à un autre genre ? Pourquoi certaines œuvres restent enfermées dans des catégories souvent réductrices ? Pendant près d’une heure, les invités ont tenté d’apporter des réponses à ces questions.

« Musique du Monde » : une appellation qui sert davantage le marché musical

Au centre des discussions, une idée revenait constamment : les étiquettes simplifient des cultures beaucoup plus complexes qu’elles n’en ont l’air. Pour les intervenants, le terme « musiques du monde » peut donner une visibilité à certains artistes, mais il peut aussi créer une distance avec le public. Kamel Dafri expliquait que cette catégorie sert parfois davantage le marché musical que les artistes eux-mêmes. Plusieurs exemples ont été donnés pour montrer que des musiciens contemporains restent classés dans cette catégorie uniquement à cause de leur origine. Les participants ont également souligné que ces classifications évoluent avec le temps et les tendances culturelles.

La table ronde a aussi mis en avant le rôle des artistes dans la réappropriation de ces catégories. Fatima Leghzal a rappelé que les musiques dites « du monde » racontent avant tout des histoires de circulation, de mélange et de rencontres. Selon elle, la diversité musicale ne devrait pas être perçue comme une différence à part, mais comme une richesse commune. Retro Cassetta a, de son côté, insisté sur l’importance de laisser les artistes définir eux-mêmes leur identité musicale. Les échanges ont montré que beaucoup refusent aujourd’hui d’être enfermés dans une seule case artistique.

Un manque de reconnaissance

Au-delà de la musique, les discussions ont abordé des questions plus larges liées à la représentation culturelle. Les intervenants ont évoqué le manque de reconnaissance de certains styles musicaux dans les médias ou les festivals traditionnels. Ils ont également expliqué que ces catégories peuvent influencer la manière dont le public regarde une culture entière. Thomas Lagarrigue a notamment rappelé que derrière chaque étiquette se cachent des choix économiques et culturels. Pour plusieurs participants, il devient donc nécessaire d’adopter une vision plus ouverte et plus nuancée des créations artistiques actuelles.

La soirée s’est terminée dans une ambiance plus festive avec le DJ set de Retro Cassetta. Après le temps d’échange, l’artiste a proposé un show musical mêlant plusieurs influences et sonorités. Ce moment a permis de prolonger concrètement les réflexions évoquées pendant la table ronde. À travers sa musique, Retro Cassetta a montré comment différents styles peuvent se croiser sans forcément entrer dans une catégorie précise. Entre débats, témoignages et performance musicale, cette première rencontre de Rennes aux Pluriels a défendu une vision plus libre et plus inclusive de la création artistique.

Publié par Brèves de Quartier

Média du quartier La Bellangerais Maurepas, fabriqué par ou pour ses habitants.

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